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Mort officielle de l'étalon or

Kingston, 1976 : la mort officielle de l’étalon-or

28 janvier 2026
dans L'univers des métaux précieux
Temps de lecture estimé : 8 min

En ce mois de janvier 2026, le cinquantenaire d’un événement fondateur de notre économie moderne est quasiment passé inaperçu. En effet, il y a très exactement cinquante ans, les ministres des Finances formant le Comité intérimaire du Fonds monétaire international à l’époque se réunissaient à Kingston, en Jamaïque, pour enterrer définitivement l’étalon-or. 

À RETENIR

• Kingston 1976 marque la mort officielle de l’étalon-or : pour la première fois depuis des siècles, aucune monnaie majeure n’est plus définie par rapport à l’or, ouvrant l’ère des monnaies purement fiduciaires.

• Bretton Woods a échoué à cause des déficits américains, de l’excès de dollars et de la perte de confiance qui ont rendu la convertibilité en or intenable dès les années 1960.

• L’or a été démonétisé juridiquement, mais il est resté massivement présent dans les coffres des banques centrales comme actif de sécurité ultime.

• Le système issu de Kingston a renforcé le dollar… provisoirement : la liberté monétaire américaine a permis son hégémonie, mais au prix d’une explosion des dettes et d’une instabilité croissante.

• Cinquante ans plus tard, l’or revient en force : achats records des banques centrales, méfiance envers la monnaie fiduciaire et rôle accru de baromètre de la confiance dans le système monétaire mondial.

Cinq ans après la suspension des accords de Bretton Woods par Nixon, ces nouveaux accords achevaient donc de déconnecter le système monétaire international du métal précieux. 

Pas de grandes annonces, pas de fanfare, le monde était de toute façon trop occupé à gérer un choc pétrolier majeur ; ces nouveaux accords ont donc à peine été vus comme une réunion technique du FMI. Pourtant, ce qui s’est joué là-bas a marqué un tournant radical dans l’histoire monétaire. Pour la première fois depuis des siècles, l’humanité acceptait de vivre dans un monde où aucune monnaie ne serait plus convertible en or, où les taux de change “flotteraient” au gré des marchés, et où la confiance deviendrait l’unique ciment du système.

Le rêve brisé de Bretton Woods

Tout commence en 1944, dans la station de Bretton Woods, au New Hampshire. La guerre n’est pas finie que déjà, les Alliés négocient l’architecture monétaire de l’après-guerre pour éviter le chaos des années 1930 (dévaluations compétitives, protectionnisme, crises bancaires). La solution est simple sur le papier : ancrer le système sur l’or, mais indirectement, via le dollar américain, un système hybride censé allier la discipline de l’or et la flexibilité d’une monnaie nationale. C’est l’étalon-or dollar.

Le dollar devient dès lors la seule monnaie convertible en or, à 35 dollars l’once. Les autres monnaies se définissent ensuite par rapport au dollar, donc par ricochet par rapport à l’or. Les États-Unis, qui possèdent les trois quarts des réserves d’or mondiales, sont évidemment au cœur du dispositif.

Pendant quinze ans, le système fonctionne. Mais dès les années 1960, les fissures apparaissent. Les États-Unis accumulent des déficits à cause du Vietnam et des programmes sociaux. Ils inondent le monde de dollars. Les pays excédentaires s’inquiètent : ces dollars seront-ils toujours convertibles en or ? En 1960, les réserves américaines (16 000 tonnes) ne couvrent déjà plus le total des dollars à l’étranger. Le général de Gaulle dénonce ce « privilège exorbitant » et convertit les dollars français en or. D’autres suivent. Les réserves américaines fondent : 10 000 tonnes en 1970. Le roi est nu.

1971-1973 : l’agonie de Bretton Woods

Le 15 août 1971, un dimanche soir, le président américain Richard Nixon annonce à la télévision que les États-Unis suspendent la convertibilité du dollar en or. Officiellement, c’est temporaire. En réalité, c’est définitif. Pour faire passer la pilule, Nixon gèle les salaires et impose une surtaxe de 10 % sur les importations.

Les tentatives de rafistolage échouent. En décembre 1971, le dollar est dévalué (l’once passe de 35 à 38 dollars) lors d’un accord au Smithsonian Institute. Nixon parle du « plus grand accord monétaire de l’histoire ». Il ne tiendra pas deux ans. Nouvelle dévaluation en février 1973 (42,22 dollars l’once). Et puis en mars, les principales monnaies passent en changes flottants. C’est la fin de facto de Bretton Woods.

À ce stade, l’or a perdu son rôle mécanique. Mais juridiquement, tout reste flou. Les statuts du FMI parlent encore de parités fixes et de convertibilité. Il faut mettre le droit en conformité avec la réalité. C’est ce que va faire Kingston.

Kingston : acte de décès officiel

Les 7 et 8 janvier 1976, le Comité intérimaire du FMI se réunit à Kingston, sous la présidence du Belge Willy De Clercq. Il s’agit de tirer les leçons de cinq années de turbulences et de reformuler les statuts du Fonds (amendement entré en vigueur en avril 1978).

Premier point : la légitimation des changes flottants. Chaque pays peut désormais choisir son régime de change (flottement, ancrage, panier) sous surveillance du FMI, sans référence obligatoire à l’or ou au dollar.

Deuxième volet : les droits de tirage spéciaux (DTS), actifs de réserve créés en 1969, deviennent l’unité de compte du FMI. C’est une monnaie de papier, définie par un panier de devises, sans lien avec l’or. L’ambition était d’en faire le pivot du système pour réduire la dépendance au dollar. Cinquante ans plus tard, les DTS n’ont jamais vraiment décollé.

Troisième changement, le plus symbolique : l’or perd tout rôle officiel. Fini le prix officiel, fini son usage pour définir les quotes-parts des pays. L’or devient un actif de réserve ordinaire. Le FMI lance un programme de vente et restitution : un tiers est rendu aux États membres, un autre tiers vendu sur le marché, les profits finançant des prêts aux pays pauvres.

Enfin, le FMI se reconvertit : de gendarme des parités, il devient pompier des crises financières, avec des ressources accrues pour aider les pays en difficulté.

Il faut bien comprendre que Kingston n’invente rien, cela entérine juste une situation qui durait de manière inconfortable pour tout le monde. Mais cette mise en conformité juridique referme symboliquement un chapitre et en ouvre un autre : celui d’un nouveau monde privé de toute ancre tangible.

L’or chassé de la scène officielle

La portée symbolique est immense. Depuis des siècles, l’or jouait un rôle central dans les systèmes monétaires. En 1976, pour la première fois, aucune monnaie majeure n’est plus définie par rapport à l’or. Les billets de banque ne promettent plus rien d’autre que la confiance dans l’institution émettrice. On entre dans l’ère de la monnaie purement fiduciaire, fondée sur la foi (fides en latin).

Les ventes du FMI (environ 1 550 tonnes entre 1976 et 1980) surviennent au moment où le cours s’envole de 100 à 800 dollars l’once. Le message : l’or n’est plus une relique intouchable, mais un actif négociable.

Pour autant, l’or ne disparaît pas des bilans. En 1976, les réserves officielles mondiales tournent autour de 36 000 tonnes. Cinquante ans plus tard, les stocks sont quasiment inchangés. Les États ont continué à conserver leurs stocks. Pourquoi ? Parce que même démonétisé, l’or conserve des propriétés uniques : actif sans risque de contrepartie, qui ne peut faire faillite, accepté partout. En cas de crise majeure, c’est une assurance. 

Le retour discret du métal jaune

Paradoxalement, le système issu de Kingston a consacré le triomphe du dollar. Sans contrainte de convertibilité en or, les États-Unis ont pu gérer leur monnaie avec une liberté totale. Changes flottants, profondeur des marchés américains, rôle du dollar dans le commerce mondial : tout a renforcé l’hégémonie du billet vert. Dans les années 1980-1990, le dollar semblait indétrônable.

Mais depuis vingt ans, le vent tourne. Les crises financières (2008 en tête), l’explosion des dettes publiques, les politiques monétaires ultra-accommodantes, les tensions géopolitiques ont ravivé les inquiétudes. Depuis 2010, les banques centrales sont redevenues acheteuses nettes d’or, souvent massivement. Chine, Russie, Turquie, Inde : toutes ont gonflé leurs réserves. Depuis 2022-2023, les achats atteignent des records : en moyenne 1000 tonnes d’or chaque année..

Ces achats peuvent se lire comme un vote de défiance partielle envers un système entièrement fiduciaire dominé par le dollar. Face aux incertitudes sur la soutenabilité des dettes, face aux risques de sanctions financières, face aux monnaies numériques de banque centrale, l’or redevient un outil de diversification stratégique. Il n’est plus au cœur du système, mais il reste dans les coffres, au cas où.

Le cours de l’or a connu des hauts et des bas spectaculaires : envolée à 850 dollars en 1980, chute sous 300 dollars dans les années 1990, remontée après 2001, nouveau pic en 2011, hausse quasi constante depuis 2019. En 2024, l’or a franchi les 2 000 dollars, et puis 2025 l’a consacré actif de l’année avec un cours qui a atteint plus de 4500 dollars l’once, soit un bond de plus de 10 000 % depuis Kingston. Ce n’est plus un étalon, c’est désormais un baromètre de la confiance. Ou plutôt de la méfiance.

Cinquante ans après : l’or n’a pas dit son dernier mot

Que reste-t-il de Kingston ? Sur le plan institutionnel, la victoire du pragmatisme et du dollar. Le FMI s’est reconverti en prêteur en dernier ressort. Les changes flottants, malgré leurs défauts (volatilité, crises, désalignements), n’ont pas été remplacés. Personne ne propose sérieusement de revenir à Bretton Woods ou à un nouvel étalon-or, ce qui reviendrait à retomber dans les vieux travers de la manipulation des cours par un ou plusieurs états au profit de leur monnaie..

Sur le plan de l’or, la leçon est plus nuancée. Kingston l’a chassé de la scène officielle, mais l’a laissé dans les coulisses. Cinquante ans plus tard, il n’est toujours pas revenu sous les projecteurs, mais n’a jamais quitté le théâtre. Les banques centrales le conservent, les investisseurs le recherchent en temps de crise, certains États s’en servent pour contourner le système financier occidental (on pense actuellement à la Russie notamment).

Les débats actuels sur la fragmentation monétaire, les tensions géopolitiques, les monnaies numériques souveraines, la dédollarisation : tout cela repose la question du rôle futur de l’or. Pas forcément comme étalon, mais comme actif de réserve ultime, comme refuge en cas d’effondrement de la confiance. Car cinquante ans après Kingston, l’or est toujours là, discret mais indestructible, comme il l’a toujours été.

Tags: étalon-orhistoire
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Multi-entrepreneur, auteur et consultant depuis plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication stratégique, il a plusieurs fois travaillé pour le compte d'entreprises financières dont il décrypte aujourd'hui les coulisses et les mécanismes économiques de base à l'intention du plus grand nombre.

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