L’argent, c’est l’autre métal précieux qui compte ! Alors que le cours de l’argent est sur une tendance haussière depuis l’automne 2025, il est temps de regarder dans le rétro. Car dans son Histoire, la France n’a pas utilisé que des pièces d’or ! Les pièces en argent ont largement eu leur place dans les achats du quotidien, grâce au système du bimétallisme et même plus tard.
Ce qu’il faut retenir
- La France a longtemps payé en argent : au Moyen Âge, les deniers en argent étaient littéralement monnaie courante. Ce sont les prémices du bimétallisme, mais sans cadre légal officiel.
- Le bimétallisme entre vraiment en vigueur en 1803 et fixe le ratio or/argent à 15,5 : pour faire un gramme d’or, il en fallait 15,5 en argent.
- Le système à deux métaux commence à s’effriter lorsque l’or ou l’argent prend le pas sur l’autre, au fil des variations de cours. Il est définitivement enterré en 1914, au début de la Première Guerre mondiale.
- De nombreuses pièces en argent ont continué à circuler en France, dont certaines demeurent emblématiques comme la 5 francs Semeuse.
La France a longtemps payé en argent !
Si le bimétallisme a surtout marqué le XIXe siècle en France, les pièces en argent étaient déjà là depuis longtemps. Dès le Moyen Âge, les Français ont des deniers en argent dans leurs poches. Et pour cause : l’argent était une monnaie courante, réservée aux achats du quotidien, pour payer au marché ou encore pour régler les impôts. L’or circulait aussi, mais plutôt dans les hautes sphères, pour les dépenses royales et le commerce international. Les deux métaux coexistaient, mais ce « bimétallisme médiéval » n’était pas encadré légalement. Il n’y avait pas de ratio officiel entre l’or et l’argent, et l’équilibre était fragile. Puis, à partir du XIIIe siècle, la France commence à frapper des écus d’or, dans la foulée des florins italiens. Ces pièces d’or serviront de référence lors des siècles suivants.
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En 1803, le début officiel du bimétallisme : l’or et l’argent sont deux monnaies légales
La loi du 7 germinal an XI et le ratio or/argent
La loi du 7 germinal an XI (ou 28 mars 1803) marque un tournant pour le système monétaire et économique français. Elle instaure la création du franc Germinal et fixe le ratio or/argent à 15,5. Traduction : il faut 15,5 grammes d’argent pour faire un gramme d’or. Dans la pratique, cela signifie aussi que les monnaies circulent dans les deux métaux : les Français peuvent payer avec de l’or ou avec de l’argent. Ils utilisent des pièces devenues emblématiques, à l’image du Napoléon en or et de la 5 francs en argent.
Bon à savoir : de nos jours, le ratio or/argent est exprimé en onces (et non plus en grammes). Début 2026, il est d’environ 56 : cela signifie qu’il faut 56 onces d’argent pour une once d’or. La hausse importante du cours de l’argent bouleverse ce rapport habituellement plus élevé.
Mais avoir deux métaux précieux en circulation, ce n’est pas juste pour faire joli. Cela sert surtout à augmenter la masse monétaire. En France, le bimétallisme a eu une véritable importance pour le système monétaire en assurant la stabilité de celui-ci. Et cela a très bien fonctionné… tant qu’il n’existait pas de déséquilibre entre l’or et l’argent.
Le début des déséquilibres et la création de l’Union Latine
Le système bimétallique connait ses premières turbulences vers 1820 et jusqu’au milieu du XIXe siècle, au moment où ratio légal et cours des métaux ont commencé à dissoner. C’est ce qu’illustre la loi de Gresham, dont le principe « la mauvaise monnaie chasse la bonne » est quasiment inévitable dans un système bimétallique. Un exemple : vers 1850, l’or est surévalué par rapport à l’argent. Les pièces d’or sont fondues ou thésaurisées, et les pièces d’argent restent en circulation. Alors pour tenter de sauver les meubles, la création de L’Union Monétaire Latine en 1865 instaure le bimétallisme en France, Belgique, Suisse, Italie (et en Grèce dès 1868) avec des pièces d’or et d’argent équivalentes. Mais, là aussi, les variations de cours finissent par déséquilibrer le ratio entre les deux métaux, et le système s’effrite.
1878 : une année charnière pour les pièces en argent
L’année 1878 marque pratiquement la fin du bimétallisme et l’arrivée de l’étalon-or : l’Union latine décide de supprimer la frappe libre de pièces en argent, face à l’abondance de ce métal. Puis c’est la Première Guerre mondiale qui change définitivement la donne. La convertibilité du franc en or est suspendue en 1914, et les monnaies en or, comme en argent sont thésaurisées. La convention de l’Union latine est officiellement dissoute en 1927.
Les pièces françaises en argent emblématiques du bimétallisme… et après
La fin du bimétallisme n’a pas entraîné la fin des pièces en argent ! La frappe est restée contrôlée par l’État, et le métal inspire toujours confiance. Aussi, des pièces en argent ont été frappées et ont encore circulé jusqu’à la fin des années 1960.
La 5 francs Napoléon
Il n’y a pas que le Napoléon en or : il y a aussi les versions en argent ! Parmi elles : la pièce de 5 francs Napoléon III tête laurée, frappée entre 1861 et 1870 à près de 50 millions d’unités. Elle pèse 25 grammes, avec un titre en argent de 900 ‰.
La 50 francs Hercule
Les pièces 50 francs Hercule ont été frappées de 1974 à 1980 à plus de 46 millions d’exemplaires. Leur particularité ? Ce sont les plus grosses pièces en argent jamais émises en France, avec un poids de 30 grammes (proche d’une once). Un incontournable pour un achat dans une logique d’investissement.
La 5 francs Semeuse
Vous la connaissez sûrement si vous êtes né(e) au siècle dernier, et peut-être en avez-vous déjà tenu au moins une en main. La 5 francs Semeuse est l’une des grandes héritières du bimétallisme français ! Frappée de 1959 à 1969, elle affiche un niveau de pureté de 835 ‰ pour un poids de 12 g (soit 10,02 g d’argent). Elle s’avère particulièrement abordable, avec un prix qui approche celui du métal qu’elle contient. Voir les 5 francs Semeuse sur le site AuCOFFRE.




