Et si les vacances étaient la période idéale pour regarder son patrimoine autrement, loin du bruit des marchés et des tumultes du monde ? Pourquoi ne pas profiter d’un séjour dans un pays peu connu, une région découverte, une entreprise visitée ou une conversation avec un producteur local pour s’ouvrir l’esprit ? Des rencontres qui peuvent parfois être plus instructives qu’une sélection de graphiques et d’indicateurs techniques.
Dans cet article :
- Les études sur la psychologie des investisseurs montrent que l’urgence n’est pas bonne conseillère.
- Le temps des vacances estivales peut être consacré à faire un état des lieux de son patrimoine pour éventuellement procéder à des équilibrages ou de nouvelles allocations.
- On peut profiter d’un séjour pour découvrir de nouveaux territoires, observer certains secteurs activités ou visiter des entreprises. Regarder l’économie en face pas à travers des graphiques et des courbes.
L’urgence est mauvaise conseillère
Le plus souvent, l’investisseur est dans la réaction : à une chute des marchés, une remontée de l’inflation, des bombes en Iran, des indicateurs du marché de l’emploi américain ou bien encore une élection prochaine. Soudain, tout devient urgent. Il faut protéger son capital, vendre, acheter, arbitrer, se repositionner. Et de préférence avant tout le monde.
Spoiler Alert ! C’est rarement dans ces moments-là que l’on prend les décisions les plus solides.
L’été offre justement ce que les marchés financiers donnent rarement : du temps.
L’été, saison du recul
Les marchés ne partent pas réellement en vacances. Mais l’activité ralentit souvent, les volumes diminuent et l’attention médiatique se déplace vers d’autres sujets.
Sur le marché de l’or, des professionnels parlent parfois de summer doldrums. L’expression évoque le « pot au noir » des marins : une zone où le vent tombe, où les bateaux ralentissent et où il faut attendre le retour d’un souffle plus franc.
Cette accalmie ne permet pas de savoir ce que fera le cours de l’or demain. Elle ne constitue pas non plus un signal d’achat. Elle rappelle simplement qu’il existe des périodes où l’urgence paraît moins forte. Et lorsque l’urgence recule, la réflexion peut reprendre.
Pourquoi ne pas profiter de cette pause pour se demander si les allocations de son patrimoine sont toujours alignées avec la situation ?
Sous pression, notre perception du risque change
Cette invitation à décider au calme ne relève pas seulement du bon sens. Elle rejoint plusieurs travaux de finance comportementale.
Les enseignements des comportements pendant les krachs
Pendant le krach de février et mars 2020, des chercheurs ont suivi les anticipations d’investisseurs clients de Vanguard. Après la chute, ceux-ci étaient devenus nettement plus pessimistes sur l’économie et sur les rendements futurs des actions. Le marché n’avait donc pas seulement réduit la valeur de leur portefeuille : il avait également modifié leur perception de l’avenir.
Jouer à qui perd…perd
La finance comportementale parle également d’aversion aux pertes : une perte potentielle pèse généralement plus lourd dans une décision qu’un gain de même montant. Dans un portefeuille, on regarde beaucoup les lignes en rouge que celles en vert ! La peur peut encore accentuer cette sensibilité. Sous pression, une décision risque alors de répondre à un besoin immédiat de soulagement plutôt qu’à un objectif patrimonial de long terme.
Regarder moins souvent peut parfois aider à voir plus loin
Consulter fréquemment son portefeuille donne le sentiment de rester informé. Mais cette vigilance peut aussi renforcer une vision à court terme.
Il existe une théorie sur la myopie de l’investisseur. Elle montre que plus on regarde souvent ses résultats, plus on est affecté par des pertes temporaires (et virtuelles tant qu’il n’y a pas eu de ventes). Un placement de long terme peut alors être vu comme fragile parce qu’il corrige à l’instant T. Qu’en sera-t-il dans 10 ans ou 15 ans ?
Observer l’économie réelle pendant ses vacances
Puisqu’on parle diversification, les vacances peuvent être l’occasion de découvrir d’autres investissements.
Sortir des écrans…
En gardant l’esprit ouvert, changer d’environnement peut permettre de découvrir concrètement des activités, des entreprises et des territoires.
Vous passez quelques jours en Bretagne, et vous profitez des moments de mauvais temps (si parfois il pleut chez vous amis Bretons). Regardez le poids de l’agroalimentaire, de la pêche, des énergies marines ou du tourisme. Vous êtes dans le Sud ? L’aéronautique, le spatial sont visibles partout. En Alsace, l’industrie, la logistique et la proximité de l’Allemagne racontent une autre économie. Dans le Bordelais, le vin côtoie désormais le tourisme, la santé, l’aéronautique et les activités numériques.
… et regarder l’économie réelle
Le tourisme industriel se développe de plus en plus : une visite d’entreprise, un musée industriel, une coopérative agricole ou même un marché local peuvent donner une lecture très concrète d’un territoire.
Il ne s’agit évidemment pas d’acheter des actions après avoir visité une usine ou de se lancer dans l’immobilier après trois jours dans une station balnéaire. Il s’agit d’observer.
Quels secteurs créent de l’emploi ? Quelles infrastructures sont en construction ? Les centres-villes se développent-ils ou se vident-ils ? Les jeunes actifs s’installent-ils ? Les prix affichés semblent-ils cohérents avec l’activité économique ? L’été peut devenir une petite enquête de terrain.
Visiter avant d’investir
Cette logique vaut particulièrement pour l’immobilier.
Beaucoup de décisions sont prises sur catalogue, de rendements théoriques ou de classements des villes les plus attractives. Un séjour sur place apporte souvent une vision différente. Combien de personnes ont investi à « proximité » de la plage à Montpellier pour se retrouver à plusieurs dizaines de kilomètres du littoral ? Cela ne remplace ni l’analyse financière ni les vérifications juridiques. Mais cela évite de prendre une décision uniquement derrière son ordinateur ou dans le bureau du commercial d’un promoteur.
Agir davantage ne signifie pas forcément décider mieux
L’accès permanent aux marchés donne parfois l’impression qu’il faut toujours faire quelque chose. Pourtant, les travaux de Brad Barber et Terrance Odean sur les investisseurs individuels ont montré que l’excès de transactions peut dégrader les performances. L’accès en direct aux plateformes de trading a augmenté le rythme des transactions, de manière plus spéculative.
Une décision patrimoniale n’est donc pas meilleure parce qu’elle produit immédiatement une action. Faire le point, temporiser ou décider de ne rien modifier peut constituer une décision à part entière.
Profiter des vacances pour dresser son propre inventaire
Entre deux baignades, une heure peut suffire pour dresser la carte de son patrimoine :
- Quelles sont mes liquidités (cash, comptes réglementés, etc.) ?
- Combien représente l’immobilier ?
- Quelle place pour mes revenus ? Sont-ils stables et sécurisés à moyen terme ?
- Les placements sont-ils concentrés sur la France, sur l’Europe ou sur les USA ?
- Quels projets devront être financés dans cinq ou dix ans ?
- Quelle partie de l’épargne finance une partie de la retraite ?
- Qu’est-ce qui est prévu pour les enfants ou les petits-enfants ?
Prendre conscience de sa réalité patrimoniale
Un chef d’entreprise peut découvrir que son patrimoine dépend presque entièrement de sa société. Un propriétaire peut constater que l’immobilier représente l’essentiel de ses actifs. Un épargnant prudent peut réaliser qu’une part très importante de son argent reste sur des supports monétaires en euros ou sur des livrets réglementés dont les taux réels compte tenu de l’inflation sont négatifs.
Diversifier, ce n’est pas collectionner les placements
Avoir un livret, un appartement, une assurance-vie, quelques actions et de l’or ne signifie pas automatiquement que le patrimoine est bien diversifié.
Comment chaque allocation agit, réagit et interagit ?
Certains actifs produisent un revenu, d’autres sont disponibles rapidement. Certains sont exposés aux taux d’intérêt comme l’or, d’autres à la croissance économique, à l’inflation, aux devises ou à un marché local. La bonne question n’est donc pas : « Quel placement me manque ? »
Elle serait plutôt : « Que se passe-t-il pour mon patrimoine si les taux montent, si l’immobilier baisse, si mon entreprise rencontre des difficultés ou si j’ai besoin d’argent plus tôt que prévu ? »
Ce raisonnement est moins spectaculaire qu’une prévision de marché. Il est aussi beaucoup plus utile.
Les Français pensent d’abord aux risques, et ensuite à leurs investissements
La peur de la crise est mauvaise conseillère
Selon le Sondage OpinionWay pour AuCoffre, 78 % des Français jugent probable la survenue d’une crise économique ou financière majeure au cours des cinq prochaines années. Ils sont également 77 % à considérer que la dette publique française représente un risque important pour leur épargne. Lorsqu’on leur demande quels événements pourraient affecter leur patrimoine, 63 % citent une crise bancaire ou financière, 58 % une crise politique en France et 51 % un défaut sur la dette française.
Ces chiffres montrent une inquiétude forte. Mais l’inquiétude ne constitue pas une stratégie.
Préparer son patrimoine, ce n’est pas deviner quelle crise surviendra. Cela consiste à vérifier que l’on ne dépend pas d’un seul scénario.
Prendre de l’avance sans gâcher ses vacances
Pendant que tout le monde déconnecte autour d’un verre de rosé (avec modération), rien n’interdit de prendre un peu d’avance. Les meilleures décisions patrimoniales ne sont pas toujours prises au moment où les marchés bougent le plus. Elles le sont souvent lorsque l’on dispose enfin du temps nécessaire pour comprendre ce que l’on possède, ce que l’on veut protéger et ce que l’on souhaite préparer.
Le calme ne permet pas de prévoir l’avenir. Il évite simplement de laisser l’urgence décider à notre place.


