Outre sa valeur économique, l’or peut également être perçu comme la référence ultime en termes de capacité d’achat à travers le temps. En effet, qu’on le compare au prix d’un bœuf durant l’Antiquité ou à celui d’un appartement aujourd’hui, l’or témoigne d’une stabilité remarquable, alors que toutes les monnaies fiduciaires n’ont eu de cesse de se dévaluer.
L’or dans l’Antiquité : premières équivalences historiques
On cite souvent cet exemple : pendant le règne de Thoutmosis III, pharaon de la XVIIIe dynastie égyptienne (vers 1458 av. J.-C.), un bœuf coûtait environ deux onces d’or. De nos jours, soit plus de trois millénaires plus tard, le parallèle est saisissant : un bœuf charolais de 1 500 kg se négocie autour de 4 € le kilo, soit environ 6 000 €. Ce qui correspond toujours à deux onces d’or au cours actuel de 3 000 € l’once.
Dans la Grèce classique, un statère d’or (plus ou moins 8,6 g) permettait de rémunérer deux ou trois jours de travail d’un artisan, selon sa spécialité. Aujourd’hui, ce serait l’équivalent de 800 euros, à raison de 400 € par jour. Ce qui reste parfaitement cohérent avec les prix moyens pratiqués.
De la même façon, à Rome, sous l’empereur Auguste (27 av. – 14 ap. J.-C.), on pouvait acquérir environ 800 à 1000 mètres carrés de terres cultivables pour un aureus (près de 8 grammes d’or).

En 2024, le prix de vente moyen des terres agricoles en France tournait aux alentours de 8 000 € l’hectare. En d’autres termes, avec une once d’or de 31,1 g, on peut aujourd’hui acheter la même surface de terrain qu’il y a 2 000 ans, à savoir entre 3 000 et 3 500 m².
Le Moyen Âge : l’or se fait rare mais reste une référence
Au Moyen Âge, l’or circule moins que l’argent, mais il reste le pivot des grandes transactions. Les monnaies les plus prestigieuses, comme le florin de Florence (créé en 1252, et comptant 3,5 g d’or) ou le ducat de Venise (3,5 g également), s’imposent rapidement comme étalons de référence dans toute l’Europe.

À cette époque, les actes de la vie quotidienne se négociaient plutôt en argent. Néanmoins, le florin italien reste l’étalon pour mesurer la richesse. Dans l’Italie du XIIIe siècle, celui qui possédait un florin pouvait s’acheter une paire de chaussures solides, ou encore couvrir les dépenses essentielles d’une famille pendant une semaine. C’est-à-dire à peu près le temps qu’il fallait à un travailleur pour gagner l’équivalent de cette somme.
Aujourd’hui, les 3,5 g d’or qui constituaient un florin valent environ 340 €. Ce montant permet toujours d’assurer une semaine de dépenses courantes pour un ménage. Et si on considère qu’il faut également une semaine à un salarié modeste pour gagner ce montant, on arrive à 1400 euros net par mois, soit le SMIC actuel en France.
Là encore, la cohérence et la capacité d’achat offerte par l’or ne peut que nous frapper.
La Renaissance : le retour du métal précieux
À partir du XVIe siècle, les découvertes du Nouveau Monde apportent en Europe des quantités massives d’or et d’argent. Cet afflux provoque une inflation notable, mais l’or reste l’actif de confiance par excellence.
Par exemple, un florin d’or permettait alors d’acquérir un cochon de taille moyenne, ou de payer une journée de travail à un artisan spécialisé.
Aujourd’hui, un cochon de 200 kg coûte plus ou moins 340 euros, au prix moyen de 1,731 € le kilo (dernière cotation au 4 septembre 2025 sur le marché du porc français), tandis qu’il n’est pas rare de trouver des entrepreneurs qui facturent leur journée de travail aux alentours de 350 €.
On retombe une fois encore sur la valeur des 3,5 grammes d’or contenu dans un florin, ce qui revient à dire que, malgré les bouleversements économiques et l’inflation qui ont marqué les cinq derniers siècles, l’or a conservé intacte sa capacité d’achat relative aux biens et services courants.
Révolution industrielle et XIXe siècle : l’étalon-or et la stabilité
Le XIXe siècle est marqué par l’instauration progressive de l’étalon-or : les monnaies les plus solides (livre sterling, dollar, franc germinal) sont définies par un poids fixe d’or. Par exemple, une livre sterling équivalait à 7,32 g d’or, un dollar américain correspondait à 1,5 g d’or (à partir de 1834), et un franc contenait 0,29 g de métal précieux.
Les salaires de l’époque offrent alors des comparaisons intéressantes :
- Vers 1850, un ouvrier britannique gagnait 1 à 2 livres sterling par semaine, soit 7 à 15 g d’or (300 à 600 € au cours actuel). Ces montants suffisaient à payer logement modeste, nourriture et vêtements de base, ce qui correspond encore aujourd’hui à une ou deux semaines de revenus pour un travailleur payé au salaire minimum.
- En France, à la même époque, un ouvrier agricole ou un employé d’usine percevait environ 50 francs par mois, soit environ 14,5 grammes d’or. Ce qu’on pourrait ramener aujourd’hui à environ 1 400 euros net.
On peut aussi comparer les prix de l’immobilier. Ainsi, en 1850, il fallait 6 000 à 20 000 francs (1,8 à 5,8 kg d’or) pour acheter une maison confortable dans une petite ville de province. Ramené au cours du métal en 2025, on avoisine les 200 000 à 600 000 euros. Ce qui reste parfaitement cohérent avec les prix actuels.
Bon à savoir : quelle est la valeur actuelle d'une pièce de 5 francs en or ?
Le XXe siècle bouleverse l’ordre monétaire
Dès les premières années du siècle, les guerres mondiales provoquent la suspension de l’étalon-or, remplacé par des monnaies fiduciaires gonflées par l’impression monétaire. L’hyperinflation allemande des années 1920 en est le symbole : un pain coûtait des milliards de marks, alors qu’un seul gramme d’or suffisait toujours à nourrir une famille.
Après 1944, le système de Bretton Woods rattache le dollar à l’or (35 $ l’once). Mais en 1971, Richard Nixon met fin à la convertibilité or-dollar. Depuis, les devises flottent librement… et se dévaluent inexorablement.
Pourtant, malgré les turbulences, la valeur intrinsèque de l’or ne varie pas et son pouvoir d’achat présente une étonnante stabilité à travers le XXe siècle.
- En 1910, le loyer moyen par foyer était de 20 à 25 francs par mois, soit l’équivalent de 5,8 à 7,25 g d’or. C’était 40 nouveaux francs en 1950 (7,1 grammes d’or au cours de l’époque). Aujourd’hui cette quantité de métal représente 600 à 725 euros, ce qui correspond assez fidèlement au montant moyen que paient les locataires en France en 2025 (723 euros, charges comprises)
- En 1950, une once d’or permettait d’acheter un costume de qualité. Comme en 1910 où il fallait débourser environ 100 francs or (29 g de métal). Aujourd’hui, un costume similaire, c’est-à-dire confectionné sur mesure dans une étoffe noble, par un artisan tailleur expérimenté, coûte 2 500 à 3 000 euros. Toujours plus ou moins une once d’or, donc.
- En 1980, faire construire sa maison coûtait en moyenne 250 000 francs (hors terrain), soit 55 à 60 onces d’or. En 2025, le coût moyen de construction d’une maison neuve de 100 mètres carrés (toujours sans le terrain) se situe généralement entre 150 000 et 180 000 euros. C’est-à-dire la même quantité d’or qu’il y a 45 ans.
L’or en 2025 : une valeur refuge qui devient « rentable »
Depuis janvier 2000, l’or a connu une ascension spectaculaire, passant de 280 € l’once à plus de 3 100 € en septembre 2025. Soit une progression de plus de 1000 % en 25 ans, bien au-delà de l’inflation cumulée sur la même période (environ +60 % en zone euro).

Selon une étude récente, l’or a connu une progression annuelle moyenne de 8 % depuis la fin des accords de Bretton Woods, et même de 8,69 % par an depuis 2000. Certes, on dit souvent que l’or n’offre aucun rendement, et c’est vrai qu’il ne s’agit pas d’un placement spéculatif. Mais on ne peut ignorer que, sur un demi-siècle, sa courbe de valorisation rivalise avec les meilleurs placements financiers. Là où les obligations d’État peinent à battre l’inflation et où les livrets garantis voient leur rendement réel s’éroder, l’or a maintenu une progression régulière, souvent renforcée en période de crise.
Car son rôle n’est pas de générer des intérêts, mais de préserver, voire d’accroître le pouvoir d’achat. Celui qui avait investi 10 000 € en or au tournant des années 2000 disposerait aujourd’hui de près de 100 000 €, sans avoir subi la moindre perte liée aux faillites bancaires ou aux dévaluations monétaires. Dans le même temps, les monnaies fiduciaires se sont toutes érodées (-35 à -40% pour l’euro, -40 à -45% pour le dollar). Leur nature inflationniste, liée aux politiques économiques et à la création monétaire (parfois débridée), les condamne en effet à perdre de la valeur au fil du temps.
Autrement dit, loin de n’être qu’une assurance patrimoniale, l’or s’est imposé aujourd’hui comme un actif performant sur la durée, combinant stabilité et rendement implicite. Et c’est cette combinaison rare qui explique son attrait renouvelé en ce début de siècle marqué par les incertitudes géopolitiques, économiques et monétaires.





