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Lingots pièces or stock achat demande

Comment se répartit la demande sur le marché de l’or ?

24 juin 2026
dans Comprendre l'économie
Temps de lecture estimé : 9 min

Chaque trimestre, plus de mille tonnes d’or changent de mains à travers le monde. Mais derrière ce chiffre impressionnant se cache une réalité bien plus nuancée : tous les acheteurs n’ont pas le même poids, ni la même influence sur le cours de l’or. Bijoutiers, épargnants, investisseurs institutionnels, industriels et banques centrales composent un marché de l’or hétérogène, où la quantité achetée ne dit pas tout de l’importance réelle d’un acteur. C’est précisément le cas des banques centrales : elles ne sont pas les plus gros acheteurs en volume, mais leur comportement reste l’un des meilleurs exemples d’allocation patrimoniale raisonnée qu’on puisse observer sur ce marché.

À retenir

– La demande mondiale d’or a atteint 1 231 tonnes au premier trimestre 2026, dominée par l’investissement privé (lingots et pièces) plutôt que par la bijouterie, en net recul face aux prix élevés.

– Le marché financier de l’or (COMEX, LBMA, ETF) pèse peu en tonnage mais structure largement la formation quotidienne des prix.

– Les banques centrales n’achètent qu’environ un cinquième du volume mondial, mais leur comportement structurel, peu sensible aux variations de prix, en fait un modèle d’allocation patrimoniale raisonnée.

– Après un record à plus de 5 400 dollars l’once en janvier 2026, le cours reste soumis à des facteurs multiples (taux d’intérêt, dollar, géopolitique), rendant toute prévision fiable particulièrement délicate.

Quelle est la demande mondiale d’or ?

Selon le World Gold Council, organisme de référence qui centralise les statistiques du secteur, la demande mondiale d’or a atteint 1 231 tonnes au premier trimestre 2026, en hausse de 2 % sur un an. Ce volume d’or, qui peut sembler abstrait, représentait pourtant une valeur record de 193 milliards de dollars américains, portée par des prix eux-mêmes historiquement élevés. Cette demande se répartit entre plusieurs grandes catégories d’acheteurs, chacune répondant à une logique économique distincte. Les statistiques régulièrement publiées par le World Gold Council permettent justement de suivre, trimestre après trimestre, l’évolution de ce volume d’or échangé à l’échelle mondiale, et d’en isoler les différentes composantes.

Les investisseurs particuliers, premiers moteurs de la demande

Les lingots et pièces d’investissement constituent aujourd’hui le canal le plus dynamique de la demande d’or. Au premier trimestre 2026, ce segment a bondi de 42 % sur un an, pour atteindre 474 tonnes. La Chine illustre parfaitement ce mouvement, avec une demande en lingots et pièces en hausse de 67 % sur un an, à 207 tonnes, un record trimestriel absolu pour ce marché. L’Inde, la Corée du Sud et le Japon suivent une dynamique comparable, tandis que les investisseurs occidentaux ne sont pas en reste : la demande progresse de 14 % aux États-Unis et de 50 % en Europe sur la même période. Ce comportement traduit une recherche de sécurité patrimoniale face à l’inflation, aux tensions géopolitiques et à l’incertitude entourant la politique monétaire des grandes banques centrales.

La bijouterie, une demande sous pression

Historiquement, la bijouterie représentait à elle seule près de la moitié de la demande mondiale d’or. Mais cette part recule nettement depuis que les prix de l’or évoluent à des niveaux inédits. Au premier trimestre 2026, la demande de bijoux en or s’est établie à 300 tonnes, en baisse de 23 % sur un an, le repli touchant simultanément la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient. Fait notable, la valeur des achats de bijouterie continue malgré tout de progresser, preuve que les consommateurs acceptent de dépenser davantage pour un poids d’or moindre. Une partie de cette demande se reporte d’ailleurs directement vers les lingots et les pièces, l’or-bijou jouant dans certains pays un rôle d’épargne autant que de parure.

La demande technologique et industrielle

Moins spectaculaire, mais bien réelle, la demande technologique a progressé de 1 % au premier trimestre 2026, pour atteindre 82 tonnes. Ce segment, porté notamment par la croissance des infrastructures liées à l’intelligence artificielle, repose sur les propriétés physiques uniques du métal jaune : excellente conductivité, résistance à la corrosion, neutralité chimique. Cette demande reste structurellement stable, car aucun substitut ne permet aujourd’hui de remplacer l’or dans certains composants électroniques sans perte de performance.

Les produits financiers : ETF et marchés à terme

Les ETF adossés à de l’or physique ont également contribué à la demande du premier trimestre, avec des entrées nettes de 62 tonnes, portées en grande partie par les fonds cotés en Asie. Dans les statistiques établies par le World Gold Council, seuls les flux nets de ces fonds apparaissent, c’est-à-dire les créations ou destructions de parts qui se traduisent par un achat ou une vente effective de métal physique. Si ces volumes restent modestes comparés à la demande physique totale, ils ne reflètent qu’une fraction de l’activité réelle du marché de l’or financier. Sur le COMEX de New York comme sur le marché de gré à gré londonien régulé par la London Bullion Market Association, des dizaines de millions d’onces s’échangent chaque jour, bien au-delà de la production minière annuelle. Ces volumes orientent la liquidité quotidienne et participent directement à la formation du prix de l’or, même lorsqu’ils n’aboutissent à aucune livraison physique.


>> À lire : Qu’est-ce qu’un ETF or ?


Le rôle singulier des banques centrales sur le marché de l’or

Enfin, avec 244 tonnes achetées net au premier trimestre 2026, en hausse de 3 % sur un an, les banques centrales ne représentent qu’environ un cinquième de la demande totale en volume. Elles ne sont donc pas, et de loin, le premier acheteur du marché de l’or. Pourtant, leur influence sur la perception du métal jaune et sur la confiance des investisseurs dépasse largement leur poids quantitatif.

Les banques centrales raisonnent à long terme

Ce qui distingue fondamentalement les banques centrales des autres catégories d’acheteurs, c’est l’horizon de leur décision. Là où un investisseur particulier ou un fonds réagit aux variations de court terme du cours de l’or, une banque centrale raisonne en termes de diversification structurelle de ses réserves de change, largement insensible aux fluctuations de prix de court terme. Cette approche, fondée sur la réduction de la dépendance au dollar américain et sur le renforcement de la résilience face aux chocs géopolitiques, constitue précisément ce qu’on appelle une allocation raisonnée : un choix patrimonial pensé sur le temps long, indépendant des emballements spéculatifs.

L’or est un actif de réserve

C’est aussi cette logique de fond qui explique pourquoi les achats des banques centrales sont restés robustes au premier trimestre 2026, malgré une remontée parallèle des cessions tactiques de certains détenteurs historiques. Le marché avait craint un mouvement de ventes massives en réaction à la flambée des prix observée en janvier : il n’a pas eu lieu. Au contraire, les achats nets sont restés supérieurs à la moyenne des cinq dernières années, confirmant que les institutions financières publiques continuent de considérer l’or comme un actif de réserve incontournable, et non comme une simple opportunité spéculative à arbitrer au gré des cycles.

Pour l’investisseur individuel, l’enseignement est précieux. Si les banques centrales ne sont pas les plus gros acheteurs en quantité, elles restent les acteurs dont le comportement mérite le plus d’attention, justement parce qu’il illustre une discipline d’allocation que peu d’investisseurs privés parviennent à reproduire : acheter de l’or pour ce qu’il représente structurellement, indépendamment du bruit de marché à court terme.

Les questions que tout le monde se pose sur l’achat d’or

Est-il judicieux d’acheter de l’or en ce moment ?

Cette question revient systématiquement, quel que soit le niveau du cours de l’or au moment où on la pose. Et la réponse, elle, varie assez peu : oui, il est presque toujours judicieux de détenir une part d’or dans son patrimoine, pour des raisons qui dépassent largement la conjoncture du moment. L’or reste une ressource limitée, dont la production minière mondiale croît plus lentement que la masse monétaire en circulation. Cette rareté relative en fait un instrument de préservation du pouvoir d’achat sur le long terme, particulièrement efficace pour se protéger contre l’inflation et l’érosion monétaire. Contrairement à une action ou une obligation, l’or ne dépend de la solvabilité d’aucun émetteur : sa valeur économique repose sur sa rareté physique et sur la confiance universelle qu’il inspire depuis des millénaires, bien au-delà des frontières d’une seule économie nationale.

Cela ne signifie pas que tous les moments se valent pour acheter. Mais la question pertinente n’est généralement pas tant de savoir si le moment est bon, que de déterminer quelle part de son patrimoine consacrer à l’or, dans une logique de diversification plutôt que de pari directionnel sur le cours à court terme. C’est d’ailleurs l’approche que suivent les banques centrales elles-mêmes : elles n’essaient pas de deviner le sommet ou le creux du marché, elles construisent une position stratégique dans le temps.

Quel est le prix de 1 g d’or actuellement ?

Sur les marchés internationaux, l’or se cote en once troy, une unité héritée du marché historique de Londres et qui équivaut à 31,1035 grammes. Mais comme il existe des lingots d’un kilogramme, et que de nombreux particuliers raisonnent plus naturellement en grammes, connaître le prix du gramme d’or n’a rien d’absurde, bien au contraire. Pour l’obtenir, il suffit de diviser le cours de l’once par 31,1035, puis de convertir le résultat en euros selon le taux de change en vigueur.

Il est cependant impossible de donner ici une valeur figée et durablement exacte, pour une raison simple : le cours de l’or évolue en continu, du lundi au vendredi, au gré des transactions sur les grandes places financières mondiales, de Londres à New York en passant par Shanghai. Une cotation donnée à un instant précis peut donc se révéler obsolète quelques heures plus tard. Pour suivre le prix de l’or en direct, le plus fiable reste de consulter une plateforme actualisée en continu, qui agrège les cotations des marchés internationaux et applique le taux de change du moment.

Le cours de l’or va-t-il remonter en 2026 ?

Après avoir battu un record historique au-dessus de 5 400 dollars l’once en janvier 2026, le métal jaune a connu une correction notable, ramenant son cours autour de 4 100 à 4 300 dollars au cours du printemps. Ce reflux a surpris une partie du marché, qui s’attendait à une poursuite linéaire de la hausse entamée depuis 2024.

Pour comprendre la suite probable, il faut revenir au principe de base : plus la demande mondiale augmente, plus le prix de l’or a tendance à monter, et inversement. Or, au premier trimestre 2026, cette demande a continué de progresser, portée par l’investissement privé et les achats des banques centrales, alors même que la demande de bijouterie reculait sous l’effet des prix élevés. Cette composition de la demande, plus orientée vers l’investissement que par le passé, rend le marché de l’or plus sensible aux anticipations de taux d’intérêt et à la vigueur du dollar américain qu’à la consommation traditionnelle.

C’est précisément ce qui explique la difficulté de tout pronostic fiable sur le cours de l’or. Le marché reste tributaire d’un nombre considérable de facteurs qui interagissent simultanément : les décisions de la Réserve fédérale américaine sur ses taux d’intérêt, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ou ailleurs, le rythme des achats des banques centrales, l’évolution de l’inflation dans les grandes économies, et la vigueur ou la faiblesse du dollar américain face aux autres devises. Aucun modèle ne permet de pondérer ces variables avec certitude, ce qui explique que les prévisions des analystes divergent aussi largement les unes des autres, certains anticipant une poursuite de la correction, d’autres un retour vers de nouveaux sommets dès que les incertitudes économiques mondiales se feront à nouveau sentir. Ce qui reste constant, en revanche, c’est le socle structurel de la demande, lui-même alimenté par la défiance persistante à l’égard des grands équilibres de l’économie mondiale.

Reste à savoir lequel de ces facteurs prendra le dessus dans les prochains mois, et si les banques centrales continueront, comme elles le font depuis plusieurs années, à montrer la voie d’une allocation patiente plutôt que d’une spéculation de court terme.


Attention : Cet article a une vocation pédagogique et ne remplace pas les conseils d’un professionnel qualifié.


Tags: achatsbanque centraledemandeor
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Bruno GONZALVEZ

Multi-entrepreneur, auteur et consultant depuis plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication stratégique, il a plusieurs fois travaillé pour le compte d'entreprises financières dont il décrypte aujourd'hui les coulisses et les mécanismes économiques de base à l'intention du plus grand nombre.

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