Lorsque vous déposez de l’argent à la banque, achetez une obligation ou investissez dans une entreprise, votre placement s’inscrit dans une relation avec un autre acteur économique. Dit autrement, vous devenez son créancier et il vous “doit” donc quelque chose. L’or physique fonctionne différemment: il n’est ni la dette ni la promesse de paiement de quelqu’un d’autre. Vous achetez de l’or physique, il est à vous. Vous le vendez, il change de main. Mais pas de dette, pas de créance, pas de crédit ni d’intérêts…
Que signifie cette différence ? Et pourquoi peut-elle avoir un intérêt dans un patrimoine diversifié ?
À retenir
- Une grande partie des placements financiers implique un émetteur, un débiteur ou une contrepartie.
- L’or physique n’est la dette de personne : sa détention ne dépend pas de la promesse de paiement d’un tiers.
- Cette absence de contrepartie ne signifie pas absence de risque.
- Cette différence explique notamment pourquoi l’or peut avoir un rôle complémentaire dans un portefeuille diversifié.
- La règle d’or reste la même : diversifier pour ne pas concentrer tous ses risques au même endroit.
Ce contenu est publié à titre d’information. Il n’est pas un conseil d’investissement. Seuls les Conseillers en Investissement Financiers (CIF) sont habilités à conseiller les investisseurs.
Derrière un placement, qu’y a-t-il vraiment ?
Commençons par regarder quelques placements courants.
Lorsque vous achetez une obligation, vous prêtez de l’argent à un État, une entreprise ou une autre organisation. En échange, l’émetteur s’engage généralement à vous verser des intérêts et à vous rembourser à l’échéance. Votre actif correspond donc à une dette pour celui qui a émis l’obligation. C’est d’ailleurs pour cela que quand les taux montent, acheter des Bons de l’État paraît pertinent.
Même logique, sous une autre forme, pour l’argent déposé sur un compte bancaire. Juridiquement et comptablement, ce dépôt constitue une créance du client sur sa banque et, symétriquement, une dette de la banque envers son client.
Les actions constituent un cas différent. Acheter une action ne revient pas à prêter de l’argent à une entreprise, mais à détenirune fraction de son capital. La valeur de votre investissement dépend néanmoins de cette entreprise, de son activité, de ses résultats et des anticipations des investisseurs.
Tous les placements financiers ne sont donc pas des dettes. Mais une grande partie d’entre eux implique un émetteur, un débiteur ou une contrepartie. Ceci n’est pas nécessairement un problème. Il faut simplement le savoir.
Dette et contrepartie : à quoi ça sert ?
La dette joue un rôle essentiel dans l’économie et le système dans lequel nous nous trouvons. Elle permet à un État de se financer, à une entreprise d’investir ou encore à un particulier d’acheter un logement.
Pour l’épargnant, accepter une relation avec une contrepartie peut également permettre de percevoir une rémunération. Une obligation peut ainsi verser des intérêts. Une entreprise peut distribuer des dividendes à ses actionnaires. Une banque peut rémunérer certains dépôts.
Mais de la même manière que mettre en location un bien immobilier pose la question de la solvabilité du locataire, cette relation introduit aussi une question :
la contrepartie sera-t-elle toujours capable de respecter ses engagements ?
C’est ce que l’on appelle notamment le risque de contrepartie ou, dans le cas d’une dette, le risque de défaut. Vous en entendez certainement beaucoup parler en ce moment, les dettes des États faisant beaucoup parler d’elles.
Son importance varie énormément selon le placement et l’émetteur concernés. Elle peut aussi être encadrée par des mécanismes de protection. L’objectif n’est donc pas de considérer toute dette comme dangereuse, mais de comprendre la mécanique derrière ce que l’on possède.
Et c’est là que l’or physique se distingue.
Pourquoi dit-on que « l’or n’est la dette de personne » ?
Imaginez une pièce d’or détenue en pleine propriété.
Sa possession ne correspond pas à la promesse d’un État de vous rembourser. Elle ne nécessite pas qu’une entreprise réalise des bénéfices. Aucun émetteur n’a à honorer une dette pour que cette pièce continue d’exister. Vous possédez directement cette pièce, tout simplement. Sa valeur dépend de ses caractéristiques et du cours de l’or .
C’est ce que résume la formule selon laquelle « l’or n’est la dette de personne ».
Cette particularité apparaît également dans les statistiques financières internationales. Le Fonds monétaire international indique par exemple que l’or monétaire détenu comme actif de réserve ne possède pas de passif correspondant.
Il faut toutefois apporter une précision importante : cela concerne l’or lui-même, et non nécessairement tous les produits financiers, comme les ETF or, permettant de s’exposer à son cours.
Un compte en or non alloué, par exemple, peut représenter une créance envers un intermédiaire plutôt que la propriété d’un or physique précisément identifié. La manière dont l’or est détenu comptablement est donc aussi importante que le métal lui-même.
Pourquoi cette particularité intéresse-t-elle Ray Dalio ?
C’est justement l’une des caractéristiques mises en avant par l’investisseur américain Ray Dalio lorsqu’il évoque l’or.
Interrogé récemment dans le podcast The Diary of a CEO , il rappelle cette idée selon laquelle l’or est un actif qui n’est pas le passif de quelqu’un d’autre. Autrement dit, sa détention ne repose pas sur la promesse d’un émetteur de payer ou de rembourser.
Mais attention, Dalio ne présente pas l’or comme un actif à posséder seul.
Son propos s’inscrit dans une réflexion beaucoup plus large sur la diversification. Il cite notamment les liquidités, les actions, les obligations, l’immobilier, l’or ou encore le bitcoin, en insistant sur l’intérêt de ne pas dépendre d’une seule catégorie d’actifs.
Pourquoi ? Parce qu’en période de turbulences, des actifs différents ne réagissent pas nécessairement de la même manière. Leur combinaison peut donc permettre de ne pas concentrer tous les risques au même endroit.
Concernant l’or, il souligne en particulier son comportement parfois différent de celui d’autres placements lorsque les marchés traversent des périodes difficiles. Comme il le dit,
« You own the gold. »
Ray Dalio
« L’or est à vous », en bon français.
C’est donc moins une opposition entre l’or et les autres actifs qu’une question de complémentarité.

Pas de contrepartie ne veut pas dire pas de risque
L’expression « l’or n’est la dette de personne » peut facilement donner une impression trompeuse : celle d’un actif qui échapperait au risque.
Ce n’est évidemment pas le cas.
Le cours de l’or fluctue et un investisseur peut revendre son métal moins cher qu’il ne l’a acheté. Contrairement à une obligation ou à certains placements bancaires, l’or ne verse pas d’intérêt. Contrairement à une action, il ne distribue pas de dividende. Contrairement à un bien immobilier en location, il ne verse pas de loyer.
Sa détention physique peut également entraîner des frais : achat et vente, stockage, garde ou assurance selon la solution choisie.
Enfin, l’absence d’émetteur ne supprime pas nécessairement tous les intermédiaires. Lorsque le métal est conservé par un tiers, il est donc essentiel de vérifier les conditions de conservation, les droits de propriété, l’assurance du métal ainsi que les modalités permettant de le récupérer ou de le revendre.
Chez AuCOFFRE.com, ces différents points sont documentés à travers notamment les conditions de garde, les assurances, les certifications ISO 9001 et ISO 27 001 et les audits réalisés par des organismes externes.
L’or ne fait donc pas disparaître le risque, mais expose simplement à des risques différents.
La règle d’or : diversifier
On ne le dira jamais assez : la diversification est essentielle.
Une obligation apporte certaines caractéristiques. Une action en apporte d’autres. L’immobilier, les liquidités ou l’or répondent encore à des logiques différentes.
Chercher à déterminer lequel serait intrinsèquement « le meilleur » fait perdre de vue une question plus utile : comment ces différents actifs se comportent-ils ensemble ? Et comment se comporte chacun d’entre eux en cas de crise ?
L’intérêt de la diversification consiste justement à ne pas faire reposer l’ensemble de son patrimoine sur le même type de risque, le même émetteur ou les mêmes conditions économiques.
L’or physique occupe une place singulière dans cette logique parce qu’il n’est pas la créance sur un débiteur ni la part d’une entreprise. Il ne remplace pas pour autant les autres classes d’actifs.
« L’or n’est la dette de personne » ne signifie donc pas que l’or est sans risque ou supérieur aux autres placements, mais qu’il ne dépend pas de la promesse financière d’un émetteur. Et c’est précisément cette différence qui peut lui donner un rôle particulier au sein d’un patrimoine diversifié.


