Pourquoi trouve-t-on des portraits sur certaines pièces d’or et d’argent… et pas sur d’autres ? Le choix du design d’une pièce n’est jamais anodin. Le plus souvent, il raconte une histoire politique ou économique, et il est révélateur d’une représentation de pouvoir. Il existe aussi des règles ou des traditions selon les pays. Qui choisit les portraits qui figurent sur les pièces d’or ou d’argent ? Pourquoi autant de réactions autour d’un projet de pièce d’or à l’effigie de Donald Trump ? L’Académie se plonge dans l’histoire des pièces les plus célèbres.
Ce qu’il faut retenir :
- Depuis l’Antiquité, les pièces d’or et d’argent sont autant un moyen de paiement et d’échanges, qu’une manière pour le pouvoir d’asseoir sa légitimité.
- Des portraits ou des symboles peuvent ainsi être révélateurs de la manière dont un État – ou son dirigeant – souhaite se représenter.
- Le choix du design peut être encadré par des règles institutionnelles, ou faire partie d’une tradition monétaire parfois amenée à évoluer.
Des portraits sur les pièces d’or et d’argent : une histoire de pouvoir
Les pièces d’or et d’argent ne sont pas seulement propices aux échanges commerciaux : elles sont aussi des images fortes d’un pouvoir en place. Dès les premiers systèmes monétaires, des têtes couronnées ont orné les pièces en circulation.
Des symboles aux premiers portraits de conquérants
Pour mieux comprendre, un petit retour dans l’histoire s’impose. Les premières pièces d’or et d’argent sont frappées en Lydie (Asie Mineure, soit l’actuelle Turquie), 600 ans avant notre ère. Le roi Crésus choisit des animaux pour orner ses statères : des lions ou des chevaux par exemple, pour leur portée symbolique. Lorsque Athènes rayonne à son tour sur le bassin méditerranéen, forte de ses échanges commerciaux, les pièces de la cité grecque circulent beaucoup. Le pouvoir de la démocratie athénienne n’est incarné par aucun homme : aussi, les pièces font surtout référence aux divinités. La chouette qui orne les pièces grecques rappelle ainsi la déesse Athéna.
Près de trois siècles avant Jésus-Christ, des premiers portraits circulent : ceux de Philippe de Macédoine et d’Alexandre le Grand, son fils. Les deux monarques ont conquis les pays voisins et possèdent les plus importantes mines d’or et d’argent. Frapper des pièces à sa propre effigie devient une manière d’asseoir son pouvoir et sa domination.
Une tradition suivie par les empereurs et les rois au fil des siècles
Il n’y a donc pas vraiment de surprise si on vous dit que le premier Romain à imposer son portrait est… Jules César, lorsqu’il se fait nommer dictateur. Par la suite, les différents empereurs qui se succèdent à Rome font frapper des pièces à leur effigie au moment de leur sacre. Il s’agit à la fois de montrer la continuité du pouvoir – les monnaies impériales se ressemblent en aspect et en poids – tout en annonçant un renouvellement avec un portrait différent.
Avec le temps, la pratique s’installe. Les pièces byzantines portent aussi l’effigie de leurs rois. En Occident médiéval, les souverains locaux tentent d’imiter les dernières émissions de monnaie romaine en frappant leurs propres pièces (ornées de leurs portraits bien sûr).
En France, c’est d’ailleurs une véritable guerre d’autorité qui se joue. Jusqu’au XVIIe siècle, le roi de France rencontre régulièrement des difficultés à asseoir son autorité vis-à-vis de ses vassaux, des seigneurs souvent plus influents et plus riches. Pour la tête couronnée en place, imposer sa propre monnaie avec son portrait devient une question de légitimité.
Les situations varient selon les pays et leur histoire politique
Le design qui figure sur les pièces officielles n’est jamais neutre. Aujourd’hui encore, la monnaie reste un support dont l’apparence est contrôlée.
Monarchie ou démocratie : les représentations ne sont pas les mêmes !
En mars 2026, une commission fédérale a approuvé aux États-Unis le principe d’une pièce d’or portant l’effigie de Donald Trump. Le projet a fait réagir, car très inhabituel. Le sénateur démocrate Jeff Merkley a d’ailleurs relevé que « les monarques et les dictateurs font figurer leur visage sur les pièces de monnaie, pas les dirigeants d’une démocratie ». Sujet sensible s’il en est aux États-Unis.
Certains usages prévalent en effet selon le type de régime. Dans les monarchies, c’est souvent le chef de l’État qui est représenté sur les pièces. Le cas le plus actuel, c’est celui du Royaume-Uni : le profil du roi Charles III a ainsi remplacé celui de la reine Elizabeth II en 2022. Les monnaies d’autres états du Commonwealth frappent aussi des pièces ornées des portraits royaux. C’est le cas de la Maple Leaf au Canada par exemple.
Parmi les pièces d’or d’investissement qui ont eu cours légal, on peut également trouver la peseta espagnole qui porte l’effigie de monarques. Tout comme les couronnes austro-hongroises ou les reis portugais.
Le saviez-vous ? Il existe aussi une Vera Valor ornée du portrait de la reine Elizabeth II ! La frappe de cette pièce a été rendue possible parce qu’elle est émise par l’île de Niue, territoire autonome de Nouvelle-Zélande, en partenariat avec la maison de haute monnaie Vera Valor. Avec le Souverain, cela fait partie des pièces mises à l’honneur sur AuCOFFRE.com dans le cadre du centenaire de la naissance de la reine Elizabeth II.

Dans les démocraties en revanche, ce sont plutôt des figures consensuelles ou symboliques qui ornent les pièces officielles, comme l’Eagle américain, la Philharmonique de Vienne ou le Panda chinois. Il peut aussi s’agir de personnalités historiques. En bref, les choix de portraits ne sont jamais neutres : ils reflètent une certaine vision du pouvoir et de la manière dont un pays se représente. Ou une personne au pouvoir, comme c’est le cas du président américain actuel.
Un cadre légal piloté par l’État ou par ses institutions
Dans tous les cas, le choix des portraits n’est pas laissé au hasard. Il relève de l’État, même si les modalités qui diffèrent. Aux États-Unis par exemple, le processus est formalisé par le Coinage Act de 1792. Le Congrès peut modifier la loi et la décision finale revient au Secrétaire du Trésor, qui choisit les designs après consultation de certaines commissions (comme celle qui a approuvé le principe de la pièce d’or de Donald Trump). Néanmoins, dans le pays, même s’il existe une tradition de portraits gravés à titre d’hommage, les personnes vivantes ne sont habituellement pas représentées.
Au Royaume-Uni, le portrait du monarque est une constante historique. L’extraordinaire longévité du Souverain britannique, la pièce d’or émise à partir de 1489, en témoigne. Encore aujourd’hui, la frappe des pièces britanniques (telles que la Britannia) est assurée par la Royal Mint. Elle est encadrée par le Coinage Act de 1971 qui amende les précédentes lois sur la monnaie britannique.
Bon à savoir : La Britannia, la pièce d’or d’investissement britannique, est ornée d’une figure allégorique qui représente la Grande-Bretagne. C’est un peu l’équivalent, en France, de la figure de Marianne telle qu’on peut la voir sur la Napoléon 20 francs Marianne Coq.
En France, il n’existe pas de loi détaillant précisément les portraits autorisés. Mais une tendance fait consensus : la Monnaie de Paris, sous contrôle de l’État, privilégie des figures historiques ou symboliques. Une habitude qui tranche avec la longue tradition de portraits royaux des Louis d’or (depuis Louis XIII jusqu’à la Révolution française), ainsi qu’avec les profils qui ont orné les pièces d’or Napoléon, depuis Napoléon Bonaparte jusqu’à Napoléon III.
Sources :




