Comment l’argent métal est-il extrait ?
Au début de l’année 2026, le Silver Institute a une nouvelle fois communiqué sur un déficit de l’offre en argent. Selon l’organisation internationale, la production minière et le recyclage ne parviennent pas à répondre à une demande en hausse et ce, pour la 6e année consécutive.
Dans un contexte où l’argent est de plus en plus stratégique, pourquoi est-il si difficile d’augmenter les quantités extraites chaque année ? L’explication réside dans la nature même de l’argent, un métal précieux qui se raréfie. L’Académie fait le tour des informations à connaître sur l’extraction argentifère.
Ce qu’il faut retenir
- L’argent, c’est avant tout un métal rarement extrait seul. Près de 75 % de la production mondiale provient en fait de mines de plomb, de cuivre ou encore de zinc.
- L’argent est un « sous-produit » de l’industrie minière, et cela explique pourquoi il peut être complexe d’augmenter la production argentifère.
- Comme l’or, l’argent provient de gisements qui s’épuisent : ils sont de plus en plus complexes – et donc coûteux – à exploiter. Même avec une demande en argent très soutenue !
L’argent : un métal précieux issu de l’extraction d’autres métaux
D’où vient l’argent utilisé pour les pièces d’investissement, les bijoux ou les composants électroniques ? Très rarement d’une pépite. L’argent provient le plus souvent de mines de plomb, de zinc, de cuivre… ou d’or.
Sous quelle forme se trouve l’argent métal ?
L’argent métal se présente rarement sous une forme très pure. Ce métal a en effet la particularité d’être beaucoup plus souvent incorporé à d’autres composants minéraux. Il est présent dans les minerais sulfurés (argentite, pyrargyrite, proustite…) ou dans la galène argentifère (du sulfure de plomb additionné d’argent), à des concentrations diverses. Dans les différentes mines à travers le monde, l’argent est donc majoritairement extrait en même temps que le plomb, le cuivre, le zinc et l’or.
En France par exemple, l’argent a bien été exploité dans les sous-sols de l’Hexagone, depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du siècle dernier. Mais il s’agissait surtout de mines de plomb ou de cuivre argentifère. Dans les Vosges, les Deux-Sèvres ou encore en Saône-et-Loire, celles-ci ont alimenté les caisses des rois de France pendant des siècles.
Bon à savoir : quelles sont les pièces en argent les plus réputées ?
Les grandes méthodes d’extraction argentifère
Les mines peuvent être souterraines (galeries) ou à ciel ouvert (open pit). L’exploitation se déroule en deux temps :
- L’extraction à proprement parler, c’est-à-dire la récupération des différents minerais ;
- Leur traitement afin de les séparer.
Les minerais sont ensuite concassés et broyés, puis traités par flottation. Cette technique permet d’obtenir un concentré polymétallique. Le travail n’est pas fini : il faut ensuite purifier l’argent. C’est là que, selon la méthode utilisée, des produits chimiques peuvent être utilisés. Notamment le cyanure, pour les gisements or-argent ou pour ceux qui présentent une faible teneur en argent. L’affinage final, par électrolyse ou coupellation, permet enfin d’obtenir un métal pur à 99,9 %.
Quels pays produisent le plus d’argent dans le monde ?
Le Mexique figure au premier rang des pays producteurs d’argent : 185,7 millions d’onces en 2024. Le pays se situe sur l’une des plus longues ceintures volcaniques, et les mouvements des plaques ont favorisé l’affleurement de minéraux divers. Si bien qu’une centaine de mines de plomb, de cuivre et de zinc sont exploitées, dont certaines sont particulièrement riches en argent. C’est le cas de la mine de Penasquito, une mine à ciel ouvert qui a produit plus de 20 millions d’onces d’argent en 2023. Les galeries de la mine de Juanicipio ont permis d’extraire près de 15 millions d’onces la même année.
La Chine (110,1 millions d’onces) et le Pérou (108 millions d’onces en 2024) complètent le podium. La majeure partie de la production mondiale d’argent provient ensuite de Bolivie et du Chili, de Pologne, de Russie, d’Australie et des États-Unis. En Europe, deux pays figurent dans le top 20 mondial : l’Espagne et le Portugal, qui ont extrait 3,5 millions d’onces d’argent de leur sous-sol en 2024.
L’argent, un métal précieux dont la production est limitée
En 2024, 819,7 millions d’onces d’argent ont été extraites dans le monde, selon les chiffres du Silver Institute. Une offre qui tend à diminuer d’année en année : en 2015, la production minière avait atteint 886 millions d’onces. Et même si le Silver Institute s’attendait à une légère hausse de la production fin 2025, celle-ci restera limitée, et voici pourquoi.
Comme l’or, l’argent est un métal de plus en plus rare
Il arrive encore que les industries minières annoncent de nouveaux gisements d’exception. C’était le cas en juillet 2025, lorsque les entreprises Lundin Mining (Canada) et BHP (Australie) ont annoncé la découverte d’un gigantesque gisement de cuivre, d’or et d’argent au Chili. Situé dans les Andes, il pourrait permettre d’extraire 32 millions d’onces d’or et 659 millions d’onces d’argent.
Mais les industries argentifères doivent désormais composer avec la réalité géologique : les gisements sont de plus en plus rares et de moins en moins accessibles. Ceux qui présentaient une teneur en argent élevée – et qui sont donc les plus intéressants – ont déjà été exploités.
Bon à savoir : le recyclage représente une partie importante de l’offre mondiale, avec 193,9 millions d’onces en 2024. Mais le processus est encore complexe et coûteux pour certains produits (électronique notamment).
Extraire plus d’argent, c’est exploiter d’autres minéraux devenus trop coûteux
L’or est majoritairement extrait dans des mines primaires, c’est-à-dire majoritairement destinées à la production du métal précieux. Dans le cas de l’argent, le paradigme est tout autre : l’argent est un sous-produit de l’extraction de plomb, de cuivre ou de zinc. Seul un quart de l’argent provient d’exploitations essentiellement argentifères.
Des matériaux tels que le plomb, le cuivre ou le zinc ne sont pas aussi recherchés que l’argent (ou l’or bien sûr). Leur demande dépend surtout de la dynamique industrielle mondiale. Si le marché du cuivre recule par exemple, la production de cuivre diminue… et celle de l’argent aussi. Cela réduit d’autant la capacité à augmenter l’offre.
Des contraintes environnementales de plus en plus importantes
Lorsque les normes environnementales sont renforcées, les industries doivent composer avec des contraintes sur les usages de l’eau ou une limitation des produits chimiques (cyanure notamment). Il s’agit bien sûr de mieux protéger l’environnement, de limiter les produits toxiques et la pollution des sols. Pour les industries, cela implique de mettre en place des mesures de protection de l’environnement, qui alourdissent les coûts et allongent les délais. Certaines opérations deviennent ainsi moins rentables.
L’extraction argentifère se trouve ainsi face à un paradoxe : une demande en argent qui ne cesse d’augmenter, face à une offre qui ne peut plus suivre.
Sources :




