Saviez-vous que jusqu’au début des années 1930, à la Monnaie de Philadelphie, on faisait encore sonner les pièces d’or fraîchement frappées pour vérifier qu’elles étaient sans défaut ?
Oui, des employés les faisaient rebondir sur une surface métallique et écoutaient leur résonance. Un son anormal pouvait ainsi révéler certains défauts et conduire à la refonte de la pièce.
Cette pratique, appelée ring test, repose sur un phénomène bien réel : le son produit par un objet métallique dépend notamment de sa composition, de son épaisseur et de sa structure. C’est d’ailleurs une des techniques qu’utilisent les experts numismates chez AuCOFFRE.com, pour s’assurer de la qualité des pièces d’or que nous achetons.
Mais peut-on appliquer la même méthode à un lingot d’or? Plus épais, plus lourd et de forme différente, il ne résonne pas comme une pièce, et difficile d’imaginer le faire rebondir sur une surface métallique !
Alors, un lingot qui sonne « faux » est-il forcément faux ?
Ce qu’il faut retenir
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- Un lingot d’or peut sonner mat sans être faux : sa forme et son épaisseur modifient sa résonance par rapport à celle d’une pièce.
- Le test du son à l’oreille ne suffit pas pour authentifier un lingot, notamment face à certaines contrefaçons au tungstène.
- Les professionnels combinent plusieurs méthodes de contrôle, comme la fluorescence X (XRF) pour la surface et les ultrasons pour examiner l’intérieur du lingot.
Pourquoi fait-on sonner les pièces d’or ?
Le ring test fait partie des grands tests pour vérifier l’authenticité de l’or. Il consiste à mettre une pièce en vibration et à écouter sa résonance. Pour que la comparaison ait un sens, il faut bien entendu connaître au préalable le son produit par une pièce authentique du même type.
La méthode ne relève pas du folklore. L’Encyclopedia of Coin and Medal Technology de D. Wayne Johnson rapporte que des ateliers monétaires employaient des testeurs chargés de faire rebondir les pièces d’or fraîchement frappées sur un tambour métallique. À la Monnaie de Philadelphie, cette pratique aurait même perduré jusqu’au début des années 1930.
L’objectif n’était toutefois pas exactement de distinguer du faux ou du vrai. Il s’agissait plutôt de repérer des défauts dans les pièces nouvellement frappées. Une fissure, une poche de gaz ou un défaut du flan pouvait modifier la résonance et produire un bruit sourd. La pièce était alors écartée et refondue.
Le ring test peut ainsi révéler tant certaines différences de composition que de fabrication. Mais l’ouvrage de D. Wayne Johnson met en garde contre son utilisation comme preuve absolue d’authenticité : une copie frappée peut produire une résonance proche de celle d’une pièce originale. On pense notamment aux Marianne Coq de 1915 et 1916, qui sont de fausses pièces, mais en véritable or.
Le son donne donc un indice, mais n’est pas non plus infaillible.
Et est-il un élément à prendre en compte pour tester des lingots ?
Pourquoi un lingot d’or peut-il sonner mat ?
Une pièce est fine et relativement facile à mettre en vibration. Pour les lingots, c’est quand même une autre paire de manches !
En effet, le son ne dépend pas seulement du métal. La forme, l’épaisseur, les dimensions et la structure de l’objet influencent également sa résonance. L’encyclopédie citée ci-dessus rappelle d’ailleurs que le son d’un objet métallique peut aller d’une tonalité longue et aiguë pour une pièce fine jusqu’à un bruit beaucoup plus sourd pour un objet épais, comme par exemple un… lingot !
Attendre d’un lingot le tintement caractéristique d’une pièce peut donc induire en erreur.
Jean-François Faure, fondateur du groupe AuCOFFRE, se souvient :
« Lorsque je manipulais encore les pièces, j’utilisais régulièrement le test du son et je le trouvais extrêmement efficace. En revanche, sur les lingots, j’avais arrêté de l’utiliser dès 2010 : le son peut envoyer une fausse information. »
Et il partage une anecdote révélatrice du manque d’informations sur ce sujet : lors du retrait d’un lingot conservé par AuCOFFRE.com, une membre était ainsi accompagnée d’une personne qui a voulu contrôler le métal en le faisant sonner. Le son lui paraissant trop mat, elle en a conclu que le lingot était suspect.
Mais c’est le piège ! Un son mat ne suffit pas à établir qu’un lingot est faux.
Pourtant, le son reste bel et bien utilisé pour examiner les lingots. Mais à l’oreille seule, le risque est d’en tirer des conclusions erronées, dans un sens comme dans l’autre…
Des ultrasons pour regarder à l’intérieur du lingot
Alors, comment faire pour tester l’authenticité d’un lingot d’or ?
Il existe une autre méthode qui semble, sur le papier, beaucoup plus objective que l’oreille : calculer la masse volumique du lingot. On le pèse, on mesure notamment le volume d’eau qu’il déplace et on vérifie que le résultat correspond à celui de l’or.
« Cette méthode permet de détecter facilement beaucoup de faux », explique Jean-François Faure. « Mais elle atteint ses limites avec un lingot fourré au tungstène : sa densité est tellement proche de celle de l’or que le poids et le volume déplacé peuvent ne pas permettre de faire la différence. »
Pour contourner cela et examiner l’intérieur du lingot sans le découper, les professionnels peuvent alors recourir aux ultrasons.
Une sonde posée sur le métal émet des ondes à haute fréquence. Celles-ci traversent le lingot avant d’être réfléchies par sa face opposée. Si elles rencontrent auparavant une discontinuité, un vide ou un corps étranger, un écho différent apparaît.
La London Bullion Market Association (LBMA) indique que la plupart des coffres londoniens se sont équipés de dispositifs de contrôle ultrasonore au début des années 2000, alors que le marché s’inquiétait de possibles insertions de tungstène dans des lingots d’or.
À la différence de la densité très proche entre les deux métaux, le son ne se propage par contre pas à la même vitesse dans l’or et le tungstène. Selon la LBMA, il existe un facteur 2 entre la vitesse du son dans l’or et celle dans le tungstène. Une sonde ultrasonore peut ainsi détecter qu’un lingot n’est pas constitué du métal attendu. La LBMA indique également que quelques inserts de tungstène ont été découverts dans de petits lingots, mais jamais dans les grandes barres conservées dans les coffres des banques centrales et du système London Good Delivery.
Le principe est finalement assez amusant : pour savoir ce que cache éventuellement un lingot, on utilise toujours le son, mais on n’utilise plus seulement l’oreille.
En outre, les professionnels ne s’arrêtent pas à une seule technique de vérification, mais en associent plusieurs. Le fabricant d’équipements de contrôle Evident explique que la fluorescence X (XRF) permet d’analyser la composition de surface du lingot, tandis que les ultrasons permettent de rechercher des inclusions ou des vides à l’intérieur. C’est pour cela qu’il recommande de combiner les techniques, un principe qu’appliquent d’ailleurs les experts numismates du groupe AuCOFFRE au quotidien.
Conclusion : un lingot qui sonne mat n’est donc pas forcément faux
C’est LA distinction à retenir de cet article.
Faire sonner une pièce peut apporter une information lorsqu’on connaît précisément le modèle auquel on la compare. Appliquer le même raisonnement à un lingot et conclure qu’un bruit sourd signifie que c’est un faux est beaucoup plus hasardeux.
Chez AuCOFFRE.com, un autre élément intervient en amont : la provenance. Les lingots proposés aux membres sont essentiellement acquis directement auprès de fonderies certifiées LBMA, ce qui permet d’en documenter l’origine et d’en assurer l’authenticité.
Il y a près d’un siècle, à Philadelphie, des professionnels tendaient l’oreille pour savoir si leurs pièces d’or « sonnaient juste ». Aujourd’hui, le son reste un outil pour vérifier l’authenticité de l’or. Mais pour un lingot, mieux vaut une sonde qu’une oreille soi-disant experte.
Questions et réponses sur la distinction entre vrai or et faux or
Comment reconnaître du faux or ?
L’apparence seule ne suffit pas toujours. Le poids, les dimensions, les poinçons et la densité peuvent fournir de premiers indices. Pour un lingot, des contrôles professionnels comme la fluorescence X (XRF) et les ultrasons permettent d’examiner respectivement sa surface et son intérieur.
Comment savoir si un lingot est en faux or ?
Un poids ou des dimensions inhabituels peuvent éveiller un doute, mais certaines contrefaçons sont plus difficiles à détecter. C’est notamment le cas lorsqu’un autre métal est inséré à l’intérieur du lingot. Le son entendu à l’oreille ne suffit pas pour déterminer si un lingot est vrai ou faux.
Le faux or sonne-t-il différemment du vrai or ?
Cela dépend de l’objet, de sa composition, de sa forme et de son épaisseur. Le test de résonance peut fournir des indices avec certaines pièces, mais il est beaucoup moins pertinent pour un lingot. Un son mat ne signifie donc pas nécessairement que l’or est faux.
Un faux lingot d’or peut-il contenir du tungstène ?
Oui, des cas d’inserts de tungstène dans de petits lingots ont été documentés. Ce métal est particulièrement intéressant pour les faussaires car sa densité est très proche de celle de l’or. La LBMA indique toutefois que les ultrasons peuvent permettre de détecter une différence, la vitesse du son n’étant pas la même dans les deux métaux.
Le calcul de la masse volumique permet-il de détecter un faux lingot d’or ?
Pas toujours. Le tungstène possède une masse volumique très proche de celle de l’or, ce qui peut rendre un lingot fourré avec ce métal difficile à détecter avec cette seule méthode.


